Paralysie des secteurs de la santé et de l’éducation:Une nouvelle boucherie en perspective

             Depuis plusieurs mois, treize ministères sont affectés par une grève de 72 heures, renouvelée chaque semaine. Dans l’ensemble, les travailleurs s’insurgent contre la suppression de leurs primes trimestrielles de motivation. Mais cette semaine, le mouvement a pris des proportions nouvelles dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Avec la dernière sortie médiatique des praticiens hospitaliers, les hôpitaux publics deviendront sous peu de véritables mouroirs, du fait de la grève illimitée annoncée sans service minimum.

 

par Jacques SEGLA

 

Pour sa part, le SYNTRASEN de André GOUNELE vient de radicaliser sa position, en réplique aux contre vérités jugées provocatrices du ministre François Abiola sur le mouvement qui paralyse le secteur de l’éducation depuis plusieurs mois. Le gouvernement Yayi a le dos aux murs, pris entre la grogne des syndicalistes et les exigences des partenaires techniques financiers

 

Une grève sans service minimum dans les hôpitaux publics

 

Mercredi dernier, à la faveur d’une sortie médiatique, les praticiens ont pris l’opinion à témoin quant aux mobiles profonds du mouvement de grève cyclique qui paralyse le secteur de la santé depuis des mois. Ils dénoncent le refus d’un dialogue sincère de la part du gouvernement.

 Mieux, ils déplorent la pénurie criarde de matériels et consommables médicaux qui limite les interventions et les prises en charge médicales, malgré la bonne volonté des agents. De leur avis, ce qui fait figure de matériel disponible à l’hôpital de référence est vieux de la naissance du CNHU. Sans motivation résultant de la revalorisation des primes de risque, les praticiens hospitaliers regrettent de ne pouvoir donner le meilleur d’eux-mêmes, pour la satisfaction idoine des populations.

Alors, lassés d’être tout le temps bluffés, ils ont décidé maintenant d’aller jusqu’au bout, pour finir, une fois pour de bon, avec les grèves perlées pour des revendications récurrentes. Le gouvernement saura t-il prendre la mesure de la situation, et prendre ces menaces au sérieux ? En tout cas, les fuites en avant habituelles et la ruse classique dans les négociations ne suffiront pas à calmer la hargne et la détermination des praticiens hospitaliers qui n’ont pas l’habitude des sorties et autres menaces intempestives et hasardeuses. La situation est donc critique.

 

La radicalisation du mouvement de grève dans le secteur de l’éducation

                       La prime aujourd’hui  querellée remonte à 1998, avec le ministre Djidjoho Padonou à l’éducation nationale. Elle a connu diverses fortunes, avec le ballet des ministres à la tête du secteur de l’éducation, et surtout avec la scission intervenue en 2001. Particulièrement en 2006, le gouvernement a jeté un pavé dans la mare, en considérant cette prime payée depuis avril 1998 comme un détournement, n’étant sous-tendue par aucune base juridique.

Les travailleurs avaient répliqué par des grèves perlées qui avaient finalement abouti à un arrêté inter-ministériel pour régler, de façon définitive, le paiement de cette prime dont les bénéficiaires ont joui jusqu’en Juin dernier où une décision du gouvernement est venue la supprimer, au motif de contraintes budgétaires drastiques. La réaction des travailleurs ne s’est pas fait attendre. Après la grève d’avertissement des 1er et 2 Juillet, le mouvement a connu des intermittences ponctuées par des rencontres sporadiques avec les ministres en charge de l’éducation qui ont toujours abordé la question avec une légèreté à la limite de la provocation.

 Le prix de cette banalisation du mouvement, c’est la radicalisation des positions des travailleurs depuis ce lundi, au lendemain de la sortie médiatique du ministre François Abiola qui, selon le SYNTRATSEN, a mis le feu aux poudres par des contre-vérités incongrues. Désormais la grève passe à 96 heures hebdomadaires pour les travailleurs, le ministre se trompe d’époque, et se méprend de leur degré de mobilisation. Selon eux, la suppression de leurs primes de motivation qui s’élève au total à six cent millions de francs CFA environs par an pour les trois secteurs de l’éducation, ne saurait nullement être la cible des bailleurs de fonds lorsque ceux-ci exigent une réduction sensible des primes cadrées sur le budget national.

Le SYNTRATSEN dénonce la mauvaise foi du ministre François Abiola qui n’aurait jamais pris au sérieux la préoccupation fondamentale des travailleurs en mouvement. C’est récemment, au cours d’une rencontre conjointe des trois ministres avec les syndicalistes, que le ministre Abiola s’est étonné d’entendre que le montant cumulé des primes des deux derniers trimestres de 2009 s’élevait seulement à 50 millions de francs CFA pour l’enseignement supérieur.

Bien curieux n’est-ce pas ! Et pour montrer que le ministre Abiola traite les agents avec mépris et dédain, les responsables syndicaux rappellent une anecdote. En effet, après une trêve de six semaines restée sans suite (alors que les deux parties avaient convenu de deux semaines de trêve), c’est à la fin d’une cérémonie des couleurs que, retournant à son bureau, le ministre Abiola leur aurait lancé à la face, de façon à peine audible : ‘’Puisque vous êtes habitués à reconduire la grève, il faut aussi reconduire la trêve’’. Cette attitude tranche avec tout souci d’apaisement social. Et les travailleurs administratifs, techniques et de service de l’éducation nationale ont pris acte. Aussi les défalcations illégales sur salaire pour fait de grève les ont-elles remontés contre le pouvoir  Yayi. Nous sommes à la veille d’une impasse. Comme on le voit, les choses se compliquent chaque jour pour le chef de l’Etat qui n’est plus assuré de la trêve sociale que les bailleurs de fonds posent comme préalable au récent accord financier de 52 milliards à octroyer à l’Etat béninois. Le changement n’a visiblement plus de beaux jours à l’horizon. Curieux destin politique pour l’homme du changement, qui était pourtant parti en 2006 sous de bons auspices.

 

Pour toutes fins utiles

Loi N° 2001-09 portant exercice du droit de grève en République du Bénin

’Article 25 : les grèves ayant pour motifs la violation des libertés fondamentales et des droits syndicaux universellement reconnus ou le non-paiement des droits acquis par les travailleurs, ne donnent lieu à aucune réduction de salaire ou de traitement. Sont reconnus d’accord parties par l’employeur et les travailleurs et à défaut de cet accord, ceux qui sont déclarés tels par une décision de justice passée en force de chose jugée’’.

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