Situation socio-politique nationale très morose:Difficile fin de mandat pour Boni Yayi

et le chef de l’Etat, chef du gouvernement Dr Boni Yayi .

et le chef de l’Etat, chef du gouvernement Dr Boni Yayi .

 La fin de mandat s’annonce très compliquée pour le chef de l’Etat, Docteur Boni Yayi. On se préoccupe de 2011 de façon obsessionnelle, comme si 2010 n’existait pas, ou s’il était déjà parfaitement assuré et débrouillé. Même si l’on ne croit pas à l’occultisme ou au mysticisme, certains signes concrets recommandent l’extrême prudence pour prévenir le pire. Boni Yayi doit donc s’attarder sur tous les moindres incidents qui ont aujourd’hui valeur de présage, en freinant un peu la tendance au populisme. L’horizon n’est plus clair.

 

 par Achille AHOSSINOU

 

 La récurrence de la crise politique.

 

 La situation socio-politique délétère tient d’un certain nombre de facteurs têtus. On s’accorde, de toute évidence, à dire aujourd’hui que c’est le Chef de l’Etat lui-même qui, consciemment ou inconsciemment, aggrave la situation, d’abord par un refus délibéré de dialogue franc avec la classe politique, et ensuite par sa caution à une politisation outrancière de l’administration politique. Les exemples sont légions qui dénoncent l’incapacité du père de la nation à se mettre au-dessus de la mêlée, dans des circonstances critiques qui appellent  de sa part une stricte neutralité. On continue de lui reprocher le parti qu’il a pris lors des dernières élections communales dont on n’a pas encore fini de vider les contentieux. L’opposition ne digère pas toujours l’acharnement dont elle fait l’objet de la part du régime. Aussi la destabilisation programmée de certains partis politiques phares n’a jamais été du goût de leurs leaders. L’immixtion trop prononcée du gouvernement dans le processus de réalisation de la Lépi est jusqu’ici prise en mal par des opposants qui préjugent déjà d’une Lépi tronquée. Par ailleurs, le pouvoir n’a jamais montré jusque-là une grande sincérité dans le dialogue social, qui devrait favoriser le consensus autour de son programme de développement. Bien au contraire, on note une certaine indiscipline budgétaire, une politisation de l’administration et des escalades répétées dans l’art de provoquer les travailleurs. Et les adversaires politiques ont fini par dresser les syndicats contre le pouvoir. Ces derniers dénoncent une menace constante des libertés fondamentales et un retour de l’arbitraire. Ainsi résolus à la défensive, ils ne sont prêts à aucun sacrifice, fut-t-il une exigence préalable des partenaires techniques financiers. C’est donc compliqué pour le chef de l’Etat pour qui, le Fâ a annoncé l’année 2010 encore plus difficile à vivre.

 

Le tourbillon qui recommande vigilance et prudence

 

      Même si le rationalisme cartésien nous interdit de verser dans un mysticisme absolu, on aurait tort de banaliser le tourbillon qui s’était invité au protocole samedi dernier à Abomey, empêchant Boni Yayi de s’adresser aux populations de la cité historique. Certes, il n’y a pas de preuves matérielles pour soutenir que le phénomène était particulièrement dirigé contre le Chef de l’Etat. Seulement, certains signes objectifs autorisent la spéculation. La présence à ce festival. Le maire d’Abomey Blaise Ahanhanzo avait déjà parlé. Comme lui, d’autres personnalités avaient déjà délivré leurs messages circonstanciés. Et c’est quand vint le tour du Chef de l’Etat que la nature se mêle du protocole. Dans le sauve-qui-peut subséquent, la sécurité a dû éclipser le président Boni Yayi, abandonnant même l’hélico présidentiel au palais royal. L’insolite est trop poignant pour laisser indifférent. Le vent de Sèmè-Kpodji qui avait blessé l’ex-ministre Thimothé Zannou à la prise de fonction du maire Mathias Gbèdan n’a pas eu la même intensité. Encore que la présence du 1er magistrat à Abomey suffit pour donner un cachet spécial à l’évènement. Du coup, aucun détail n’est à négliger, pour ne voir dans l’incident qu’un simple phénomène naturel. Une fois que le Fä a fait des prédictions, Boni Yayi se devait de redoubler désormais de vigilance et d’attention, même s’il n’y croit pas. Cela devait ralentir l’omniprésence qui caractérise l’hyper président. Le populisme ambiant comporte des risques difficilement prévisibles par les services de sécurité rapprochée d’un Chef d’Etat. Sinon, on n’aurait pas banalisé la bavure policière qui avait soustrait le président Jacques Chirac à un bain de foule en 1996. En Italie, le président Servio Berlusconi n’a-t-il pas été blessé à la figure par un débile mental dimanche dernier ? Comme lui, Boni Yayi n’a pas que des admirateurs. D’ailleurs, les derniers développements de l’actualité socio-politique nationale ont révélé avec emphase que les ennemis du changement se comptent maintenant par centaines même dans l’entourage immédiat du président Boni Yayi. Le festival est dans sa 7è édition ; et la pour première fois qu’il décide d’honorer l’évènement de sa présence, dame nature le contrarie ! Le Chef de l’Etat qui affectionne les bains de foule ne peut pas se fermer au mystique de ce tourbillon insolite. Les faits recommandent désormais prudence et vigilance, en ce moment où l’insécurité connaît une recrudescence tout particulière.

 

Le chef de l’Etat doit prendre au sérieux l’équation Sagui dans l’armée.

 

Le colonel Raymond Sagui est rentré en rébellion ouverte contre le Chef  de l’Etat major général Mathieu Boni depuis plusieurs semaines. La rage contenue dans la lettre adressée au général Mathieu Boni le 27 août dernier est symptomatique d’un profond malaise au sein de l’armée. Le Colonel Raymond Sagui défie le chef d’Etat major général, en des termes complètement désobligeants, et sur un ton menaçant. Dieu sait que l’armée béninoise regorge aujourd’hui de plusieurs Colonel Raymond Sagui. Ce dernier a seulement eu l’audace de dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. Ce n’est pas d’hier que date la grogne au sein de l’armée et la remise en cause de la méthode de gestion actuelle de la grande muette. Après le départ du général Fernand Amoussou, son successeur à la tête de l’état major général peinait déjà à faire l’unanimité. La nomination de l’adjoint qu’on lui a collé est venue accentuer les chivages. Que vaut une armée qui conteste l’autorité de la hiérarchie, et est encline au virus de l’ethnocentrisme et du régionalisme. La cohésion de notre armée est en train de s’effriter dangereusement. Mais on essaie toujours de voiler la réalité par des mis en scène dont la finalité est d’assurer le Chef de l’Etat d’une hypothétique harmonie entre les différentes composantes militaires au sein de l’armée. On oublie sans doute que la vérité finit toujours par éclater. Ce qui se passe actuellement en Guinée interpelle les consciences et inspire prudence et vigilance. Car cela n’arrive pas qu’aux autres. L’armée béninoise ne manque pas de Koumba Diakité. La preuve, le colonel Sagui est maintenant sorti de sa réserve, et est prêt-à-porter le débat et le secret militaire dans la rue. C’est une alerte grave dont le chef de l’Etat doit s’autosaisir au plus pressé. Le contexte de crises multidimensionnelles ne tolère pas une quelconque logique de pourrissement. Le président Boni Yayi est donc vivement attendu sur la question, surtout avec cette période profondément marquée par le retour de l’insécurité.

 

Au total, personne ne peut nier les réalisations que le président Boni Yayi a inscrites au bilan des trois premières années de son mandat. C’est que ses efforts sont souvent anéantis par des contingences structurelles pas toujours fastes. Malgré tout ça gronde toujours dans les ménages. Le peuple ne peut pas se satisfaire des seules avancées macro-économiques. C’est en cela que les populations tranchent vite en faveur des opposants qui aspirent au pouvoir. Boni Yayi y est déjà. Lui seul peut-être jugé. Mais il peut éviter le pire s’il réduit les maladresses dans le style de gestion, et anticipe souvent les situations à polémique. Autrement dit, rien n’est encore perdu s’il peut opérer les réglages nécessaires. Malgré les moments difficiles actuels ou à venir, ce serait trop tôt de présager d’une apocalypse pour 2011. Boni Yayi est encore capable de redresser la barre pour se relancer. Les tendances qui lui sont actuellement défavorables ne sont pas absolues.

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