ZOOM sur les personnalités ayant marqué l’année 2009
En cette fin d’année 2009, la tradition impose de jeter un regard critique sur les personnalités qui ont marqué l’année d’une manière ou d’une autre. Notre verdict se fonde sur des données objectives sur lesquelles on peut facilement s’accorder.
par Jacques Segla
Simon Pierre Adovèlandé
Depuis 2006, il tient brillamment la feuille de route d’un programme de liaison entre l’Amérique et le Bénin, un programme quinquennal dont la finalité est de réduire sensiblement la pauvreté. L’étendue et le contenu de MCA-Bénin ressemblent bien à un programme de gouvernement. On y retrouve quatre projets d’envergure dont les résultats concrets sont déjà perceptibles sur le terrain : accès aux marchés, accès aux services financiers, accès à la justice et accès au foncier. Le bilan à mi-parcours est assez flatteur. Le gouvernement américain s’est d’ailleurs réjoui en octobre dernier de la gestion que le Bénin fait de ce programme. En effet, sur les 307 millions de Dollars US, près 80% sont déjà engagés à deux ans de la fin du programme. C’est la preuve d’une gestion rigoureuse et méthodique dans un pays où la consommation des crédits ne dépasse pas les 30% dans certains ministères. Autrement dit, dans la mise en œuvre de ce programme, Simon Pierre Adovèlandé a mis la volonté et le savoir-faire, pour pouvoir mobiliser les différents acteurs autour de l’idéal et des objectifs stratégiques. L’engagement est total, à la satisfaction des ministères bénéficiaires de ce programme. Selon une enquête du réseau Social Watch Bénin, la transparence dans la gestion financière de MCA-Bénin est absolument attestée, eu égard à des mécanismes objectifs et fiables, notamment les appels à concurrence avec des critères de sélection universellement connus, la large diffusion sur les marchés et les informations sur le site Web, la publication des revues d’information et de réalisation d’au moins deux audits chaque année. Simon Adovèlandé apparaît ainsi comme un gestionnaire confirmé. A la tête de son équipe, le coordonnateur de MCA-Bénin affiche efficacité, maîtrise du sujet et gestion efficiente. L’exemple doit faire école sous le changement dont le leitmotiv est la bonne gouvernance. Les résultats concrets sur le terrain traduisent déjà les succès du programme (les commissions d’immatriculation liées au foncier, le financement des coopératives et regroupements de production et de transformation, la modernisation du port…) Ce n’est donc pas exagéré de considérer Simon Adovèlandé comme l’homme de l’année.
Paul Gnimagnon, l’audace d’un opposant déclaré
L’homme est le premier opposant déclaré au régime du changement. Depuis lors, il assume courageusement les conséquences de son option politique. L’acharnement politique dont il est aujourd’hui victime fait de lui un héros malgré lui.
Lazare Sèhouéto, le double sens du courage et de l’anticipation
Dans le débat politique national, le député Force-clé ne cache guère ses positions critiques. Il a ouvertement refusé de pactiser avec le diable, dans des compromissions politiques dont-il répondra seul devant l’histoire. Cette année 2009, il s’est particulièrement distingué par son sens de l’anticipation dans les discussions à l’Assemblée Nationale. En son temps, il avait émis des réserves pertinentes lors de l’étude de la loi sur la Lépi. Aujourd’hui les faits lui donnent raison à retardement.
Huguette Akplogan Dossou, la notoriété d’une brave dame
A la tête de l’ONG Social Watch-Bénin, elle a cette année retenu l’attention par son combat pour l’approche genre. Elle se signale souvent par son omniprésence dans des débats d’intérêt national, où elle s’impose comme une modératrice critique et crédible. La partition qu’elle joue actuellement dans le processus de réalisation de la Lépi confirme la grandeur qu’elle incarne. Elle tient tellement à la transparence dans la gestion des ressources financières publiques. Mais malgré cette notoriété, elle se veut souvent discrète et humble.
Epiphane Quenum, critique mais pas toujours vite compris
L’honorable RB s’est distingué cette année par son franc parler empreint de courage politique. El a jeté un pavé dans la mare, en évoquant il y a quelques mois ‘’le devoir de mémoire’’. A l’époque, certains néophytes politiques l’avaient voué aux gémonies, ne sachant pas qu’il disait tout haut ce que nombre de militants RB pensaient tout bas. Il a assumé ses opinions sans même craindre d’égratigner la susceptibilité de la redoutable présidente Rosine Soglo. La chance d’avoir gagné la supervision générale de la CPS-Lépi l’expose davantage à d’autres coups politiques inédits qu’il encaisse sans étouffer. L’honorable aux cheveux blancs plie devant l’adversaire mais ne rompt pas. Les héros ne sont jamais contemporains de leur époque.
Sébastien ADJAVON, le révolutionnaire
Promoteur du CIFAS et président du conseil national du patronat (CNP), l’homme a cette année marqué le football béninois dans sa phase révolutionnaire où le Bénin connaît enfin un championnat professionnel digne du nom. Ce n’est donc pas par faveur qu’il a été nommé président de la ligue professionnelle. Grand opérateur économique, présent dans plusieurs villes du pays, il était déjà pourvoyeur de milliers d’emplois pour les jeunes, avant de s’engager maintenant dans la promotion du football. Aux Ecureuils qualifiés pour la phase finale de la 27è édition de la CAV Angola 2010, il avait généreusement donné 10 millions de francs CFA en récompense aux efforts des poulains de Michel Dusuyer. Comment donc ne pas le remarquer
Irénée Koukpaki, la sérénité et l’efficacité en action.
Ministre d’Etat en charge du développement et de l’évaluation de l’action publique, il est l’un des rares membres de l’équipe gouvernementale à faire encore objet d’admiration. L’opinion le crédite d’une certaine sérénité, d’une perspicacité et d’une pondération à nulle autre pareille. Il maîtrise son domaine. On dit de lui qu’il est un homme de confiance du président Boni Yayi. Jusqu’ici, il n’a pas encore trahi tout le bien que l’on dit de lui.
Soulé Mana Lawani, le sens des secrets d’Etat
Ex-ministre des finances et de l’économie, il a été victime d’intrigues politiciennes de toutes sortes dans l’affaire CEN-SAD où le chef de l’Etat lui-même l’avait livré en pâture. Après son limogeage, tout le monde attendait de lui des déballages d’aigri revanchard. Mais l’homme a montré sa grandeur et toute sa dignité en s’interdisant toute polémique qui mettrait dans la rue des secrets du gouvernement. Cela mérite d’être loué, puisque c’est éthique.
Léhady Soglo, la fidélité à l’opposition anti-Yayi
Grand pionnier du G4, il tient toujours à l’idéal qui les a réunis le 12 mars 2008. Sa fidélité au groupe se traduit par des démarches originales de rassemblement et d’unité. Comme lui-même le dit souvent, ce qui les unit est plus important que ce qui peut les opposer. C’est ce credo qui lui a inspiré l’initiative du pardon de Houngbédji à Nicéphore Soglo. Il fallait selon lui lever les barrières et les facteurs de blocage susceptibles de polluer l’ambiance au sein du G4. Malgré toute la polémique autour de ce pardon, la démarche du rapprochement Houngbédji – Soglo est salutaire à plus d’un titre. La haine ne construit pas l’avenir. C’est donc bien et louable qu’un homme d’Etat le comprenne ainsi.
Laurent Mètognon, le syndicaliste fidèle rebelle
Secrétaire général du SYNTRASEF, il a montré toute son envergure à travers ses discours critiques dénués de tout subjectivisme. Avec lui, l’opinion a droit à des vérités qu’on tente obstinément de voiler, notamment en ce qui concerne les finances publiques. Cette année, il s’est particulièrement dressé contre la politisation de l’administration publique sur fond d’ethnocentrisme et de régionalisme. Il s’est donc résolu, avec ses pairs, à l’idéal d’une administration de développement où les promotions des cadres obéissent aux seuls critères de mérites et de compétence. C’est le sens de son combat qui vaut vraiment la peine d’être mené et encouragé. C’est pourquoi on le dit fidèle à la rébellion.
Ce trop dix est le fruit d’une analyse critique de la situation socio-politique nationale au cours de l’année 2009. Il n’y a donc pas que les députés et les ministres qui puissent marquer la vie de la nation. C’est notre opinion. Chacun est libre d’en avoir la sienne. Ce qui est évident, notre analyse repose sur des considérations objectives que chacun pourra librement apprécier.

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