La Nouvelle Génération :
La conférence nationale des forces vives de la nation souffle ses 20 ans.
Comment aviez-vous vécu ce virage inédit de l’histoire politique du Bénin
Bako Arifari Nassirou
Merci. Il y a 20 ans, au moment où la conférence nationale devrait s’ouvrir, j’étais Président du bureau exécutif de la coopérative nationale des étudiants. C’est-à-dire que, nous étions au front pendant toute la phase préparatoire de la conférence nationale. Donc pour moi, il s’agit de moments d’épreuve patriotique, de tension vers un mieux être, d’angoisse, mais aussi des moments d’audace. Parce qu’il fallait oser pour pouvoir réussir. Aujourd’hui, je crois que l’idée de la conférence nationale a été un moment de délivrance pour ce peuple. Le fait que le Président Kérékou l’ait accepté à l’époque et que la classe politique aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur l’ait aussi accepté, constitue une grâce divine, le symbole de la maturité de ce peuple. En d’autres termes, je parlerai de la capacité de ce peuple a trouvé un consensus à un moment si difficile de son histoire politique.
Et cela nous donne confiance pour demain
Depuis cet événement, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Aujourd’hui que peut-on retenir comme acquis ?
Je pense qu’il Il faut éviter de ce comporter comme le commun des Béninois. Nous aimons trop l’auto flagellation. Nous ne sommes jamais satisfaits de ce que nous avons. Nous cherchons toujours mieux. C’est peut être un comportement positif, car l’homme est toujours à la recherche de la perfection. Mais, en toute sincérité, nous devons reconnaître que la Conférence nationale des forces vives de la Nation nous a permis de jeter les bases d’un système politique stable, les bases d’une réhabilitation morale et politique pour le Béninois ordinaire. Les bases d’un nouvel élan de considération pour notre pays et pour les citoyens de ce pays, aussi bien dans la sous-région qu’à l’international. Je pense qu’il s’agit là d’un acquis fondamental. Et les éléments de cet acquis, c’est d’abord une constitution stable depuis 20 ans.
Une constitution qui n’a subi aucune modification malgré les assauts répétés des différentes catégories d’homme politique qui s’affrontent.
La révision de la constitution, tout le monde reconnait qu’un jour ou l’autre il va falloir le faire, mais on voudrait que cela se fasse encore dans un esprit de consensus. Et ça c’est fondamental. En clair, la constitution est un premier acquis.
Deuxièmement, on peut parler des libertés que cette constitution garantie.
Au-delà de toutes nos joutes oratoires, au-delà de toutes les confrontations verbales, au-delà des moments de tension politique, sociale et autres, nous avons toujours en esprit que ces moments que nous vivons, nous les devons à une constitution qui garantie la liberté d’expression et le bon fonctionnement de notre démocratie.
L’autre acquis, c’est la combativité permanente des Béninois. C’est-à-dire que depuis la Conférence nationale, nous n’avons pas dormi sur nos lauriers en disant : nous avions déjà tout acquis !
Nous n’avons pas considéré cela comme quelque chose d’irréversible.
Non ! Il y a une sorte de veille citoyenne, une sorte de veille politique permanente pour entretenir les acquis de cette Conférence nationale. Et cela fait aussi partie des acquis. Car tout ceci découle de l’ambiance de la conférence nationale qui a enseigné à chacun d’entre nous qu’il ne faut jamais abdiquer devant n’importe quelle situation. Vous savez, lorsqu’on parle une constitution, d’un pays et de normes de fonctionnement, il y a une phase de construction et une phase de routinisation.
Et je crois qu’en 20 ans, nous avons appris à vivre dans une certaine routine avec nos institutions qui sont issues de la Conférence nationale. Nous avons appris à vivre avec l’esprit de la conférence nationale qui est devenu aujourd’hui un esprit partagé et rare sont les béninois qui aujourd’hui réfléchissent dans le sens d’une remise en cause de ce que nous avons obtenu.la veille citoyenne est permanente, la veille politique est permanente. Et fort de cela, on peut dire que nous n’avons pas perdu du temps. Nous avons gagné la grande bataille. Et la jeunesse aujourd’hui est plus que jamais engagée avec nous dans ce processus. Tout ce qui reste, c’est de continuer la lutte pour le développement de ce cher pays.
En 20 ans de démocratie, qu’est-ce qui devrait être fait et qui ne l’a pas été ?
Je pense que nous devons analyser secteur pas secteur pour trouver une réponse efficiente.
Dans notre pays, nous avons donné beaucoup de priorité à la politique, aux revendications sociales et au travail productif de richesse. Ce qui a permis un boum économique au lendemain de la Conférence Nationale. Mais lorsque je prends par exemple le domaine de l’agriculture, il faut reconnaître que nous avons passé une bonne quinzaine d’années à faire prospérer une économie de service qui fonctionne beaucoup plus à outransite.
C’est-à-dire qu’on va prendre chez quelqu’un d’autre pour revendre. Du coup, nous sommes devenus un simple couloir. Sur ce point, il y a beaucoup de choses à faire. Il y a eu une conférence économique en 1996 au retour de Kérékou qui a permis de décliner un certain nombre de programme d’action gouvernementale pour les deux derniers mandats du Président Kérékou. De mon point de vue, c’est ce qu’il nous faut encore aujourd’hui.
Aussi, nous faut-il une nouvelle conférence de consensus sur ce qui est essentiel pour le développement de ce pays. Et que quelque soit le groupe qui arrive au pouvoir, que cela reste comme une balise, une boussole qui permet d’avoir un socle sur lequel nous allons bâtir un minimum qui donne la preuve que nous évoluons. C’est important et cela nous permettra de mettre fin à l’éternelle remise en cause observée à chaque changement de régime.
Il faut cette continuité nationale dans la production, dans l’économie, dans l’éducation et dans bien d’autres domaines. A mon avis, c’est ce qui nous reste pour compléter l’édifice de la Conférence nationale. Il y a eu cette étude réalisée entre temps. Je veux parler du programme de perspectives Bénin 2025. C’était un début que nous n’avons pas travaillé pour en faire un programme national. Au-delà des appartenances partisanes, il y a ce minimum qui nous reste à faire.
La prochaine conférence nationale, devra être une conférence de consensus pour le développement du Bénin.
Votre mot de fin
Pour finir, je dois dire au peuple béninois que la démocratie n’est pas un boulevard, mais un passage d’impasses en impasses. Ce qu’il faut se souhaiter, c’est que l’impasse de laquelle nous sortons soit pire que celle vers laquelle nous partons. Si il y a un appel à lancer, c’est de demander aux béninois de maintenir la veille politique aussi bien au sein de la classe politique qu’au sein de la société civile pour entretenir nos acquis et éviter les remises en cause et les retours en arrière.
Nous avons le devoir d’entretenir pour ce pays ce qui est essentiel afin que demain les générations à venir soient fières de ce que nous leur avons légué.