Grève meurtrière sans service minimal dans les hôpitaux publics:Mgr Ganyet en appelle à la foi chrétienne des sorciers de luxe • impérieuse nécessité de réinventer le syndicalisme
Aucun béninois sensé ne peut rester indifférent à la tragédie qui se joue dans les hôpitaux publics, du fait de la grève des personnels paramédicaux et administratifs. Le dos au mur, le gouvernement est en panne de solutions idoines de sortie de crise. Devant l’ampleur des ravages, Mgr Antoine Ganyet en appelle à foi chrétienne des grévistes. Par Jacques SEGLA A la faveur de l’annonce du séjour du Pape Jean Benoît XVI au Bénin en novembre 2011, Mgr Ganyet s’est apitoyé sur le drame des morts dans les hôpitaux publics, du fait de la grève sans service minimum des paramédicaux et autres personnels administratifs. En effet, depuis trois semaines, on compte les victimes par dizaines dans les centres de santé publics. Le gouvernement, à court d’initiatives porteuses, s’est résolu à un dilatoire indécent auquel les grévistes opposent un jusqu’au-boutisme funeste, à la limite d’un crime contre l’humanité. Les patients meurent par dizaine au grand dam des béninois lambdas qui ne peuvent se faire traiter dans les cliniques privées de la place. Face à la tragédie des ravages irréparables, Mgr Ganyet, archevêque de Cotonou et président de la conférence épiscopale préfère explorer la fibre de la foi chrétienne des grévistes et de la classe politique. Son cri de détresse est accompagné de mots d’exhortation pathétique à l’endroit de la classe politique et de sa sœur chrétienne : « que les acteurs politiques de notre pays quelles que soient leurs différences quelle que soit leur position, se retrouvent autour d’une table pour dialoguer. Aux médecins chrétiens catholiques, pourrai-je leur demander d’aller voir ce qui se passe dans nos hôpitaux et ayant vu cette misère humaine, de se mettre immédiatement au travail. Je leur demande au nom de la foi en Jésus christ que nous partageons tous. Et, après nous allons nous asseoir pour voir et résoudre ce qui est la cause de ce malheur qui se passe aujourd’hui ». Si les citations de versets bibliques par le ministre Takpara n’ont pas été concluantes, on peut espérer que le prélat, cette foi-ci n’a pas prêché dans le désert. Le ministre Takpara mélangeait les genres, en se référant à l’Ephésien B, verset 20 et 21, pour attendrir l’engagement syndical des grévistes. Mgr Ganyet lui, est pleinement dans son rôle, lorsqu’il fait appel à la foi chrétienne des paramédicaux fâchés. Puisse cette exhortation être concluante, pour le bonheur des infortunés des hôpitaux publics car, même abstraction faite de la mise entre parenthèse insensée du serment d’Hippocrate, il est évident que les grévistes se trompent de cible dans ce mouvement qui frise le crime, et qui repose la question de la moralité de ceux qui enfilent aujourd’hui la blouse candide de la santé. Par ce radicalisme meurtrier, les agents de santé font peur, parce que du Front Uni des Organisations Syndicales de la Santé, les béninois ne retiennent que désormais que l’image d’un ‘’assassin joyeux’’ qui se réjouit devant le crime. Encore que dans le contexte actuel, nombre d’observateurs font déjà le saut de soupçonner des mains politiques derrière cette détermination rageuse des grévistes. C’est purement absurde de sacrifier des vies humaines pour réclamer des primes de motivation et de risque qui peuvent être versées à plus ou moins brève échéance. Dans ce cas, comment réparer les dommages consommés ? Il faut y bien penser, pour ne pas tourner en dérision l’appel de l’archevêque Ganyet, qui peut bien faire office d’échappatoire providentielle pour sauver la face.

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