Crise socio-politique chronique au Bénin:L’Année 2010 comme 1989
Le Bénin ne connaît pas encore de cessation de paiement des salaires, mais à bien des égards, on peut établir une analogie entre la tension socio-politique qui a inspiré aux évêques à leur compatriotes. N’en déplaise aux fanatiques du changement qui, malgré la morosité ambiante peignent tout en rose, et refusent de regarder objectivement la situation en face.
Un regard attentif dans le rétroviseur nous met face à l’évidence formelle que le Bénin est retourné à la situation socio-politique de 1989. Et pourtant, après la conférence nationale de Février 1990, tout le monde avait pensé que nous avons vaincu la fatalité, et que le pire était désormais du passé – Mais nous tournons toujours dans le même cercle infernale qui, en 1989, avait fondé les évêques à appeler leurs concitoyens à une conversion radicale. Dans la lettre pastorale, l’appréciation de la situation d’alors était sans ambages : ‘’Le patriotisme authentique est incompatible avec toute tentative de détournement du bien public à son propre profit. Il est incompatible avec la mentalité communément répandue, en vertu de laquelle chacun considère son service comme une ferme, mieux comme un patrimoine personnel qu’il peut exploiter à son bénéfice exclusif sans aucun souci du peuple et de l’Etat’’. A l’époque, ils avaient noté que les vrais patriotes ne sont pas ceux qui vitupèrent bruyamment contre la corruption et la mal gouvernance, alors que dans le même temps, ils organisent le pillage systématique des ressources publiques, par l’entremise de pseudo-sociétés ou entreprises qui gagnent des marchés publics de plusieurs milliards de francs CFA qui par suite, se volatilisent pour n’enrichir que de profiteurs habiles. Aujourd’hui, la situation n’a pas changé. C’est ce qui a inspiré en Novembre dernier, la lettre des évêques à leurs compatriotes, lettre dans laquelle ils s’interrogeaient : « Pourquoi notre pays est-il en tension ? Scandale inédit ? Mauvaise gestion de la nation ? Crise économique ? Mais tout cela, nous l’avons connu sous d’autres régimes ; ceci n’excuse en rien les dirigeants actuels qui ont l’obligation morale de tirer les leçons du passé, pour mieux gérer le présent et mettre, de manière décisive, l’avenir des futures générations sur l’orbite du développement. C’est vrai, les élections d’Avril 2006 ont suscité beaucoup d’espoir. Le peuple voulait en finir avec certaines pratiques politiciennes et leur cortège de corruption, d’impunité, d’inégalités et d’injustices sociales, etc. aujourd’hui, le pays est en tension pour des raisons diverses, au centre des quelles l’hypertrophie de la politique partout et en tout, que secrètent sans répit la soif du pouvoir, la lutte pour le pouvoir. Sinon, comment expliquer les conflits entre les institutions, l’instrumentalisation, de la religion, la montée du régionalisme, l’obsession entretenue des échéances électorales ? ». Comme en 1989, cette lettre se termine par un appel impératif à la conversion ; car il nous faut ‘’Considérer toute chose à la lumière de la foi’’. Non pas à l’image du ministre TAPKARA qui oppose la bible aux paramédicaux en grève. Il s’agit ici de renouer avec l’esprit de la conférence nationale, de se convertir à l’éthique et à la spiritualité du pouvoir politique, de se convertir de cœur et d’esprit parce que c’est de l’intérieur qu’il faut rompe avec l’art de la ruse, de la roublardise, du double langage érigé en système de mensonge sécuritaire.
Comme on le voit, l’heure est grave. Tout dégénérer avec la déliquescence morale à laquelle le Bénin est aujourd’hui enclin. Il faut que les Béninois renaissent. Et cette renaissance passe par un changement radical des mentalités. Ce qui apparemment n’est pas pour demain.

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