Entretien avec Abdoulaye Bio Tchané, l’un des candidats:Je représente quelque chose au Bénin
Afrik.com
Que pensez-vous de la démarche Adrien Houngbedji qui conteste la victoire du président sortant Yayi Boni. En êtes-vous solidaire ? De votre côté, vous avez réclamé l’annulation du scrutin du 13 mars…
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Abdoulaye Bio Tchané :
C’est une réaction parmi d’autres. Mettons que c’est ainsi que l’UN (L’Union fait la nation, la coalition autour d’Adrien Houngbedji) envisage la sortie de crise. Face à la situation actuelle du Bénin, il est important que les acteurs de la vie politique se concentrent sur les voies et moyens pour instaurer le dialogue dans le pays. Du reste, la position de Maître Houngbedji me conforte dans la mienne. Je continue de penser que les fraudes sont si massives que pour rendre justice à ce processus électoral, il n’y a qu’une solution : annuler le scrutin du 13 mars.
Les résultats sont validés par la Cour constitutionnelle. Craignez-vous un scénario à l’ivoirienne ?
Ce n’est pas un scénario à l’ivoirienne, même si apparemment cela y ressemble. D’autant qu’en Côte d’Ivoire, la Cour constitutionnelle a donné un résultat tandis que la commission électorale en a donné un autre. Par ailleurs, je reste persuadé que les femmes et les hommes béninois restent très attachés à la démocratie et qu’ils n’hésiteront pas à faire preuve une fois encore du génie béninois tant cité en exemple. L’histoire de notre pays montre que nous avons plusieurs fois été au bord du gouffre, mais nous avons toujours trouvé les ressources pour nous en sortir. Nous nous en sortirons encore cette fois-ci.
Quels sont les alternatives qui s’offrent à vous aujourd’hui pour contester cette présidentielle ?
Il y a d’abord et surtout les voies légales reconnues par la Constitution. J’espère que dans leur sagesse, les juges de la Cour constitutionnelle feront droit à nos recours. Mais nous sommes en politique et d’autres voies de recours nous sont ouvertes.
Quelles sont ces autres voies ?
Les Béninois ont à leur disposition des moyens constitutionnels pour exprimer leur mécontentement et ils sont très mécontents de ce qui s’est passé.
Un exemple concret ?
Vous êtes à Paris. Vous voyez bien comment les gens manifestent leur mécontentement…
La Liste électorale permanente informatisée (Lépi) catalyse justement tous les mécontentements qui entourent ce scrutin électoral. L’opposition béninoise, dont vous faites partie, accuse Yayi Boni de s’en être servie comme principale arme pour organiser « un hold-up électoral » puisque près d’un million et demi de Béninois en ont été exclus. Mais d’aucuns affirment que ce cafouillage est aussi dû à l’opposition qui avait demandé à ses militants de boycotter l’inscription, puis que votre stratégie a évolué et produit des inscriptions tardives, voire impossibles en dépit du double report du scrutin. Que répondez-vous à cette dernière accusation ?
D’abord, la Lépi est un instrument de développement et en tant qu’économiste, j’aurais mis tout en œuvre pour qu’elle emporte l’adhésion de tous si j’avais été aux affaires. Quant à la polémique, il faut l’accepter et trouver des issues car le pays ne doit en aucun cas stagner. La loi a été votée par l’opposition, ce qui implique qu’elle a un droit de paternité sur le processus. Dans cette polémique, tout le monde a sa part de responsabilité. Mais aujourd’hui, la jeunesse béninoise attend d’avoir du travail, la femme béninoise aspire à un mieux-être et le débat politique au Bénin a besoin d’être enrichi. Pour moi la politique, c’est apporter des solutions à ces problèmes et j’entends m’y consacrer.
Vous deviez être le faiseur de roi, en cas de second tour. Que pensez-vous de ce faible score que vous avez fait ? Vos ambitions politiques sont-elles caduques aujourd’hui, ou cette expérience vous a-t-elle revigoré ?
Je retiens que nous avons préparé les élections et conduit une campagne exemplaire à plusieurs égards. Nous n’avons pas fraudé et nous n’avons pas participé à l’achat de conscience. Au contraire, nous avons été partout dans le pays. Cependant, les fraudes ont si flagrantes et massives que je considère que le score qui m’est attribué n’a rien à voir, ni avec mon potentiel ni, de toute évidence, avec la réalité des votes. Malgré tout, il est clair que je représente quelque chose dans le pays. Ma détermination à poursuivre cette lutte demeure intacte. Je vais participer à l’animation de la vie politique nationale, je vais regrouper les forces qui m’ont accompagné pendant cette expérience et je vais participer plus que jamais à faire reculer la pauvreté au Bénin. Il y a donc du travail.
Votre prochain combat sera-t-il, entre autres, de restaurer l’image, aujourd’hui écornée, d’un Bénin qu’on considérait comme un modèle en matière de démocratie en Afrique de l’Ouest ?
Mon combat dans un premier temps est d’aller vers les Béninois, de faire passer un certain nombre de messages, de m’assurer que ces messages sont véhiculés par les canaux appropriés afin qu’ensemble nous pussions donner fière allure à notre pays.

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