Interview de l’opposant Andoche Amègnissè:« Pour l’immunité parlementaire, des prévaricateurs veulent devenir députés »
Cela fait longtemps qu’on n’entend plus parler Andoche Amègnissè. Son silence coïncide avec la période de l’élection présidentielle qui a connu la victoire du président Yayi dont il est l’opposant irréductible depuis le début de son mandat écoulé. En cette veille de l’élection législative, l’homme a finalement accepté de parler en se réservant le droit d’en dire plus lorsque le moment viendra.
La Nouvelle Génération : Votre appréciation sur l’élection présidentielle de 2011, la victoire du Président Yayi Boni et la défaite de l’opposition dès le premier tour ?
Andoche AMEGNISSE : J’ai beaucoup à dire sur ce sujet ; aussi bien en ce qui concerne la victoire si vraiment victoire il y a eu, que concernant ce que vous appelez l’opposition et ses candidats. Mais je me réserve le droit et même le devoir d’en parler plus tard, lorsque le moment sera venu, et ce moment est d’ailleurs pour bientôt. Je ne parlerai plus désormais au nom du Professeur Andoche AMEGNISSE, mais au nom de quelque chose de sérieux qui se construit actuellement et qui m’impose pour le moment l’obligation du silence.
QUESTION 2 : Et concernant ABT, votre candidat à l’élection présidentielle dernière ; sera-t-il à nouveau dans la course en 2016 et si oui sera-t-il toujours votre candidat ?
Andoche AMEGNISSE : De 2011 à 2016, il y a encore un chemin long de cinq ans à traverser. Tout peut arriver avant l’aboutissement de ces cinq ans, comme tout peut arriver à l’aboutissement de ces cinq ans. C’est d’ailleurs parce que nous sommes conscients de cela que nous construisons actuellement cette organisation sérieuse au nom de laquelle j’ai l’obligation du silence. Mais je vous rassure que notre construction prend en considération une valeur importante comme le Président Abdoulaye Bio Tchané. Tout dépendra de lui et je crois que c’est surtout à lui que vous devez poser la question.
QUESTION 3 : Pourquoi n’êtes vous pas candidat à l’élection législative et que pensez vous des conditions d’organisation de ce scrutin ?
Andoche AMEGNISSE : La réponse à votre question se trouve dans la question elle-même. C’est à cause des conditions d’organisation du scrutin que je n’ai pas déposé ma candidature. Dans aucun pays sérieux, une opposition sérieuse ou un opposant sérieux n’accepte qu’une élection se déroule sans publication préalable de la liste électorale, sans publication préalable de la liste des bureaux de vote afin que les candidats puissent se faire représenter dans tous les bureaux de vote. C’est le minimum nécessaire pour assurer la crédibilité et la transparence d’un scrutin. Et toute opposition qui accepte d’aller aux élections sans ces conditions minimales participe à son propre écrasement par le pouvoir à qui il laisse la toute puissance de disposer comme il convient à ses intérêts. Croyez-vous qu’aux Etats Unis, en France, en Allemagne ou en Angleterre, l’opposition accepterait d’aller aux élections sans publication préalable de la liste électorale et sans publication préalable de la liste des Bureaux de vote ? Il ne sert à rien d’aller aux élections dans des conditions où il est certain qu’on va se faire massacrer, pour venir ensuite crier qu’on a été victime de fraudes ; puisqu’on a soi même laissé ouvert le grand portail pour la fraude et le holdup électoral.
QUESTION 4 : Professeur si toute l’opposition réagissait comme vous, la mouvance présidentielle prendrait cent pour cent de l’Assemblée ?
Andoche AMEGNISSE : Cela eut mieux valu pour l’opposition puis que le monde entier verrait alors que l’Assemblée Nationale du Bénin est monocolore ; car au Bénin d’aujourd’hui toutes les autres institutions de la République sont déjà monocolores. Vanité des vanités, si c’est pour servir de caution et de faire valoir dans une démocratie bananière, l’opposition n’a plus aucune valeur.
QUESTION 5 : Cela veut donc dire que pour vous la prochaine Assemblée ne vaudra pas mieux que la précédente ? Est-ce bien ce que vous voulez dire ?
Andoche AMEGNISSE : Il me semble qu’elle sera même pire. Par exemple la Cour Constitutionnelle a invalidé la candidature de Vodonou Désiré et dans le même temps elle a validé des candidatures d’autres prévaricateurs ou prévaricateurs présumés et même des candidatures de présumés criminels inculpés pour assassinat. On a comme l’impression que la Cour prend ses décisions à la tête du client. Il ya dans ma circonscription électorale le cas du maire de Grand Popo mon jeune frère ABLO. En trois ans de gestion, ce maire qui est candidat à la députation a accumulé plusieurs scandales financiers qui ne seraient pas restés sans poursuite s’il était de l’opposition. D’abord au décès du premier maire Eugène Kpadé, il a été remplacé par monsieur Hounkponou précédemment Deuxième Adjoint au Maire. Lorsque ce dernier passait service à monsieur ABLO, il y avait dans les caisses de la commune plus de cent millions de Francs CFA. Le maire ABLO a dépensé cette somme en moins d’un mois sans aucune autorisation du Conseil Communal et sans jamais pouvoir dire au Conseil à quoi cet argent a servi. Ensuite le Conseil Communal a voté une somme de 14 millions pour construire des raccordements de part et d’autres de la voie inter-état qui mène à Hillacondji et faciliter ce faisant le parking des camions qui encombrent trop souvent la voie. Cette somme devait aussi servir à remblayer la gare routière de Hillacondji et réparer la voie qui mène de Gbéhoué à la route inter-état. Sur aucun de ces tronçons les travaux n’ont été réalisés. Et pourtant le maire ABLO a fait décaisser tous les 14 millions et on ne sait pas où l’argent est passé. Il y a aussi le dossier des dons aux sinistrés. Plusieurs donateurs ont contribué. Plus de six millions de Francs CFA ont été déposés entre les mains du maire ABLO et qui ne transparaissent pas dans les comptes de la commune. Enfin, il y a le dossier de la construction des « maisons du village » à Adjaha, Agonnèkanmè et Hillacondji. Le Conseil Communal a voté treize millions de francs CFA par « maison du village ». En passant le marché, le Maire ABLO a déclaré onze millions aux entreprises adjudicataires. Les deux millions soustraits par « maison du village » sont restés sans justification comptable. C’est ainsi que le Lundi 11 Avril dernier, lors d’une réunion organisée à la mairie de Grand Popo par le maire lui-même et à laquelle assistait le député AHINNOU Thomas, monsieur ABLO a été vertement pris à partie par un élu local qui dénonçait cette situation assimilable à un détournement. Où allons-nous quand le pays est géré de cette manière ?
Propos recueillis par Pius Zongo

Laisser une reponse