Révision nécessaire mais pas urgente
On convient que la constitution du 11 décembre 1990 mérite d’être relue pour corriger certains dysfonctionnements que sa mise en œuvre a révélés. Mais personne n’avait soupçonné la procédure bancale et suspecte par laquelle on a voulu faire consommer cette révision à la nation béninoise. Comment peut-on programmer la révision d’une loi fondamentale en session extraordinaire du parlement ? Quelle est l’urgence qui prescrit l’étude du projet en procédure d’urgence ? Pourquoi une politique d’exclusion et cette opacité autour du projet ? Autant et autant de questions au fondement d’un tollé général qui fait couler beaucoup d’encre et de salive depuis plusieurs semaines. Chacun y va de ses propres arguments pour soutenir ou condamner ce projet de loi. Du coup, deux blocs ont vu le jour : l’un pour et l’autre contre. Chaque camp ne manque pas de passion pour défendre sa position. Mais de façon générale, et au regard des argumentaires croisés des spécialistes de la question, on est obligé de comprendre qu’il y a quelque chose de suspect derrière ce projet de révision de la loi fondamentale béninoise. On craint que cette révision ne fasse le lit d’une nouvelle république dont personne ne peut jurer de la nature politique. Les débats ont été houleux ces dernières heures, surtout à la clôture de la session extraordinaire qui devait consacrer l’étude du projet. Mais on s’est entendu pour surseoir provisoirement au projet. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’à la faveur de tous ces débats, le Bénin a confirmé la vitalité de sa démocratie, avec l’émergence surprise d’une mouvance présidentielle plus critique et plus responsable, qui supplante désormais les »vuvuzélés » résolus à l’aventure. On l’aurait vouée aux gémonies si l’opposition avait eu l’exclusivité des humeurs et réflexes anti-révision. Cette fois-ci, des députés de la mouvance se sont ouvertement prononcés contre la volonté du prince. On se demande ceux qui alors ont pu inspirer au chef de l’Etat un texte aussi ambigu tant au plan constitutionnel qu’au plan de la démocratie simplement, un texte qui lui attire tant de récriminations enivrantes. La sagesse, c’est d’écouter maintenant l’opinion qui n’est pas du tout favorable au flou qui enveloppe la démarche de révision de cette constitution. Consensus oblige, un large débat national s’impose avant que la procédure ne soit relancée.
