Revalorisation de la fonction enseignante:Et si on prenait en compte les communautaires et les contractuels locaux
La dernière crise dans le secteur éducatif a remis au goût du jour l’éternelle question de la revalorisation de la fonction enseignante. Pour vider efficacement ce dossier, la résolution de l’équation de la revalorisation doit sérieusement prendre en compte le cas des vacataires locaux toujours laissés pour compte.
Par Jacques SEGLA
Ce n’est plus un secret pour personne que, dans l’enseignement secondaire, les vacataires locaux supplantent presque partout les contractuels de l’Etat et les enseignants permanents. Ces vacataires, payés au prorata du nombre d’heures de cours effectivement faites dans le mois, sont souvent négligés. Pourtant, ce sont eux qui assurent le service minimum quand les permanents observent des mouvements de grève. De leur recrutement à leur traitement salarial, ils subissent toutes sortes de marchandage et de frustration. Le recrutement manque parfois de transparence et d’objectivité, dans la mesure où le parrainage et les liens d’amitié ou de parenté sont très déterminants dans la sélection. Ce qui active malheureusement la machine d’une corruption active et aussi de faux frais. Puisque, dans bien des cas, l’on exige des postulants des frais d’étude de dossier, bien que l’on sache que les vacataires retenus sont connus d’avance. Ailleurs, d’autres vacataires paieraient même une rançon à leur censeur chaque mois. Quiconque s’y oppose est sûr de perdre la chance d’être recruté l’année suivante. La revalorisation de la fonction enseignante doit passer par là si l’on sait qu’elle est à la fois matérielle et morale. Ces enseignants qui suppléent à l’insuffisance numérique des permanents méritent d’être magnifiés. Pourquoi par exemple ne pas les prendre en compte financièrement aux journées pédagogiques des débuts de chaque année scolaire ? Bien qu’en proie aux mêmes contraintes professionnelles que les permanents, ils n’ont droit à aucune protection sociale, aucune prise en charge sanitaire, aucune prime de risque et de rendement, aucune allocation pour le logement, encore moins pour la résidence. Quel crime ont –ils commis pour mériter un tel traitement discriminatoire ? Il faut que dans les négociations sur la revalorisation de la fonction enseignante, le statut des enseignants vacataires locaux soit clairement redéfini, pour le bonheur de la corporation. Car, même dans le privé, ils sont cloués au pilori, avec une disparité arbitraire des taux de rémunération. C’est cette injustice sociale que le chef de l’Etat a voulu corriger en décrétant le reversement de près de 20 mille communautaires ou contractuels locaux. Mais cette mesure salutaire de haute portée se vide de son essence lorsqu’elle devient une arme de chantage et d’instrumentalisation des bénéficiaires. Tenez ! Face à la persistance des dernières grèves dans le secteur éducatif, le chef de l’Etat n’avait pas hésité à les menacer de radiation, contre toute norme internationale de travail. Respecter la dignité de l’enseignant, quel que soit sa catégorie professionnelle, c’est aussi revaloriser la fonction. Alors, les confédérations et centrales syndicales doivent prendre en compte cet aspect du dossier d’enseignants dévalués et maltraités moralement et matériellement, dans des conditions intenables. Car, il faut à tout prix soustraire ces jeunes infortunés aux humeurs et aux caprices du système et de certains responsables sans cœur.
